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 Sans rien voir du temps passé

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Esmeralda

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Messages : 7
Date d'inscription : 30/10/2009

MessageSujet: Sans rien voir du temps passé   Ven 4 Déc - 23:24

Des lunes entières. Des lunes qu’elle n’était plus qu’un robot, dont les gestes n’étaient qu’automatismes et réponses aux ordres de Fehed. Des lunes qu’on ne l’avait plus entendue parler. Des lunes que ses regards étaient flous, qu’il n’y avait plus que des iris colorés mais vides de tout. Des lunes qui l’avaient rendue presque inhumaine. Des lunes entières…

Les humiliations avaient continué. La petite gitane n’avait plus eu le courage de protester, alors ils s’en étaient donné à cœur joie. Puis ils avaient arrêté. Ils semblaient s’être lassés d’elle comme on se lasse d’un jouet cassé. Sa peau dorée était couverte de plaies, de brûlures, et de crasse accumulée. Ses vêtements étaient déchirés, et l’on voyait les vaines tentatives de rapiéçage par endroits. Une longue griffure allait du cou jusqu’au sein, sur lequel reposait faiblement le sachet suspendu à la chaîne de grains d’adrézarach. Encore, les liens rouillés lui rentraient dans la peau, à marquer sa servitude. Tout son être, jusqu’à sa démarche, avait perdu de sa beauté.
Il avait semblé à tous que l’esclave s’était résignée. Elle avait ignoré les arrivées et les départs, n’avait rien vécu d’Azurria. L’oppression s’était faite parce qu’elle avait cédé.

On ignorait quand cela arriverait, on ignorait même si ce jour allait arriver. Et puis il y eut un matin, un matin comme tous les autres. L’habituelle agitation du campement qui se réveille. Et dehors, devant la tente de Fehed, un mouvement. Esmeralda se redressa, et ouvrit les yeux.
Elle paraissait découvrir tout ce qui l’entourait. Son regard se posa ici et là, dans l’indifférence générale. Pourtant, la petite étincelle était là. Ravivée on ne sait comment. La gitane s’ébroua, chassant les cheveux sales qui lui tombaient sur le visage. Un éclair de panique y passa. Où en était-elle ? Pourquoi ? L’angoisse de l’existence se rappelait subitement à elle. Les minutes s’écoulèrent dans l’observation silencieuse de ses « compagnons ». Ils transpiraient la fierté et la détresse du monde. C’est lorsqu’elle en reconnut certains que la frayeur s’effaça, pour laisser place à l’éternelle curiosité.
Dans des mouvements mal maîtrisés, Esmeralda se releva. Elle les regardait toujours. Il fallait cesser de se fuir. La fournaise du sable couplée aux lacérations de la vieille chaîne autour de ses poignets, lui rappelèrent d’affronter la souffrance. Comme un mentor qui vous assène des coups pour vous prouver qu’ils ne vous tueront pas. Pas tout de suite, du moins. Il fallait assumer les possibles, y compris le possible certain de la mort. Surtout le possible certain de la mort.

La tsigane esquissa un premier pas, puis deux, puis d’autres encore, jusqu’à se diriger vers l’un de ceux qu’elle ne connaissait pas. Peut-être la frapperait-il d’avoir osé venir jusque là. Peut-être la ramènerait-il à Fehed. Peu importe. Il n’y avait plus rien. C’est seulement quand on a tout perdu qu’on est libre de faire tout ce qu’on veut. Alors autant en profiter. Ses grands yeux noirs se fixèrent sur l’homme peau d’ébène, glissèrent jusqu’au cours d’eau non loin, et revinrent sur lui. Puis elle lui tourna le dos, lui présentant ses mains prisonnières. Le message était clair. Elle voulait se laver.
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Fehed El'Kevu

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Messages : 303
Date d'inscription : 14/09/2009

MessageSujet: Re: Sans rien voir du temps passé   Mer 9 Déc - 11:52

Quelques jours plus tard...



Cette petite pute de Katrina lui avait échappé.

La garce avait du les entendre arriver, lui et ses comparses mal intentionnés, elle avait sauté sur sa monture et c’étais enfuie au triple galop pour ne laisser derrière elle qu’une trainée de poussière, moquerie éhonté à l’échec cuisant qu’il venait d’encaisser.

Autant dire qu’il avait eu la rage le grand black, assez pour ce venger aveuglément de cet affront sur un pauvre quidam qui passait par la, un noir qui plus est. Heureusement que sa sacoche étais vivement garnie, cela avait atténué un peu son ressentiment.

Bref, quand il eu rejoins la bande d’Esteban, il n’était pas encore dans un très bon jour, et même s’il échangea quelques mots digne d’un mauvais reportage sur les banlieues avec les mecs présent, il sentait que tout ca n’étais que mascarade, il avait besoin de ce détendre.

Instinctivement, il chercha la gitane du regard, depuis longtemps déjà il utilisait cette dernière comme un exutoire à ses sautes d’humeur. Elle était là sans l’être, sorte d’ombre au regard bas et vitreux, aux gestes las, aux paroles inexistantes mais au corps toujours aussi désirable. Ce malgré les bleus… Ce malgré la crasse…

Il l’aperçût et en resta coi, elle était lavée, ses cheveux étaient propres et dénoués, son regard, tel celui d’un oiseau craintif et curieux, voletais d’un endroit à l’autre comme s’il n’arrivait pas à ce fixer. Il s’approcha d’elle et l’avisa de haut en bas, béat et interdit, puis s’exclamât :


- Motherfucker…. Qu’est ce que c’est qu’ce bordel ! Tu t’prend pour une princesse ou quoi ?
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Saint Just

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Messages : 423
Date d'inscription : 11/09/2009

MessageSujet: Re: Sans rien voir du temps passé   Mer 9 Déc - 14:16

La pauvre petite chose de Fahed était depuis le début du voyage un pitoyable boulet pour le Rasta - Faiseuse de potion certes - Mais âme maligne habitée par des démons étrangers - Surement sorcière aussi - Comme tous ceux de sa race - Race maudite depuis la nuit des temps - Chassé par tous - Pas comme les nègres pour les asservir mais parce qu'ils attiraient le malheur autour d'eux - Les gitans - Voleurs intempestif - Colporteur de petite vérole - Il valait mieux ce tenir à bonne distance de ce mauvais œil .

Pour le cout l'air putride des marais avait eut le dernier mot sur les poumons du Just - Il lui fallait une médecine - Il ce plaça à coté du boxer et tendit la main.


- Donne moi un de tes remèdes sorcière blanche - L'humidité des marais me donnent des nausées - Et essaye pas de m'empoisonner tu le regretterais vite...
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Esmeralda

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Messages : 7
Date d'inscription : 30/10/2009

MessageSujet: Re: Sans rien voir du temps passé   Mer 9 Déc - 22:07

Quelques jours seulement étaient passés. Mais ces quelques jours avaient suffi pour que la petite gitane retrouve une certaine apparence. Oubliés les cheveux non plus noirs d’ébène mais noirs de crasse, envolées les couches de saleté sur la peau dorée, terminés les vêtements en lambeaux. Plusieurs fois, elle avait pu se débarrasser de toutes ces souillures qui embarrassaient sa peau soleil et ses boucles macassar, sous la surveillance d’un des leurs, qu’elle avait sans doute réussi à convaincre – aussi improbable que cela puisse paraître. Elle avait également recousu, par méthodes de fortune, la robe bariolée et le corsage d’or, qui retrouvaient une nouvelle jeunesse. La forme spectrale et muette avait disparu, pour laisser place, de nouveau, à la magnifique bohémienne des premiers jours.

Elle était assise près de la tente de Fehed, devant un minuscule chaudron duquel s’échappait un nuage de fumée ocre, lorsque l’ex boxeur s’approcha d’elle. Instantanément, elle eut un mouvement de méfiance. La vieille chaîne rouillée traînait sur le sable, juste à côté d’elle. Comme pour rappeler sa condition, et pour que l’on puisse la rattacher à tout instant. Visiblement, tout ceci ne plaisait pas à Fehed.

Esmeralda esquissa un mince sourire de défi, mais qui disparut rapidement lorsqu’elle aperçut Saint Just qui venait à son tour. Un sourcil se releva, derrière les boucles qui barraient le doux visage. « Sorcière », elle en avait l’habitude… Le mot « blanche », en revanche, l’avait intriguée. Un coup d’œil rapide sur son bras dénudé, pour vérifier sa peau toujours aussi bronzée. Un coup d’œil vers Fehed, cette fois, pour voir si elle pouvait se relever sans crainte. La santé de son frère noir semblait passer avant son indignation de voir la gitane dans un état meilleur.
Les marais. La malaria, sans doute. Esmeralda se mit debout, s’ébrouant légèrement, mais gardant la tête quelque peu baissée. Un remède, sorcière… Elle devait avoir ce qu’il fallait. Une fouille furtive dans son sac, et elle en ressortit un flacon plein d’une poudre colorée. Une petite quantité dans une écuelle d’eau, le tout mélangé, et elle le tendit à Saint Just.


- De la poudre de quina, souffla-t-elle. C’est… prélevé de l’écorce. Peut-être… oui, c’est ça.

La petite gitane abandonna l’écuelle aux mains de l’homme noir. Elle semblait connaître son sujet. La mine plus basse encore, elle se planta face à Fehed. S’il le décidait, elle tendrait les mains.
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Fehed El'Kevu

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Messages : 303
Date d'inscription : 14/09/2009

MessageSujet: Re: Sans rien voir du temps passé   Jeu 10 Déc - 1:07

Le grand black avait une image pourtant très nette de la gitane qu’il avait quittée quelques jours plus tôt. Et ce tableau la n’avais rien à voir avec la bouille propre et les manières précieuses qu’il observait à présent. Ou était donc passée cette ombre de femme trainant ses guenilles d’un pas amorphe ? Avait elle sans raison trouvé la force de redonner à son avenir muré l’élan de l’espoir ?

Peignée, habillée, pomponnée… Et maintenant quoi, elle allait chantonner au clair de lune d’une voie de ménestrels et charmer les vautours emplumé qui piaillaient alentour ?

Fehed plissa les yeux, ne sachant pas trop comment réagir devant un événement aussi inattendu. Le black détestais les surprises, qu’elles soient bonnes ou mauvaises, c’étais toujours pour lui l'exécrable occasion d’agir dans l’instant, et de faire autant de conneries qu’il en était capable.

Sa main droite attrapa Esmeralda par le menton et lui fit redresser la tête, il plongea son sombre regard dans le sien.


- On va dire qu’tes en période d’essai la manouche, première entourloupe ou première fois qu’le mot "non" sort d’t’es lèvres…

Il laissa la phrase en suspend et désigna d’un signe de tête la chaine qui gisait au sol. Il ce rendit alors compte que la nuit commençait à tomber et l’odeur d’un feu qu’on venait d’allumer lui titilla les narines.

- C’soir, j’ai envie d’me détendre, parait qu’l’es gonz de ton peuple, outre voler les poules et tirer les cartes, elles savent danser comme personne, alors tu vas remballer toutes tes con’ries d’magicienne
*il parle bien entendu de la marmite* et nous montrer ça, aux reufs et à moi… Et t’a intérêt d’trémousser ton p’tit cul avec tout l’doigté qu’vous prête la légende…

Les yeux toujours rivé dans les siens, il ponctua.

- Compris ?
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